Attentats du 13-Novembre : les arrogantes et édifiantes confidences de Salah Abdeslam en prison


10 janvier 2020
"Le Parisien" révèle, ce vendredi 10 janvier, le contenu d'enregistrements déclassifiés, le 16 octobre 2019, par la Belgique, de l'unique survivant des "commandos" des attaques sanglantes de 2015 à Paris et Saint-Denis. Edifiant !

Cette révélation est signée de nos confrères du Parisien. Silencieux face aux juges, Salah Abdeslam s'est confié à des voisins de cellule en 2016 alors qu'il était détenu à Bruges (Belgique). Ses codétenus qui ont, eux aussi, fait parler d'eux puisqu'il s'agit de Mehdi Nemmouche, l'auteur de l'attentat du Musée juif de Bruxelles de 2014, et Mohamed Bakkali, que la justice soupçonne d'avoir prêté main-forte dans les attentats du 13 novembre 2015.

Des échanges incroyables

Leurs communications ont été enregistrées par la sûreté de l'État belge, versées au dossier de l'instruction puis déclassifiées le 16 octobre 2019 et révélées donc par Le Parisien. Des échanges édifiants dans lesquelles Salah Abdeslam raconte avec cynisme des moments de la soirée des attentats de Paris et de Saint-Denis.

Ce triste 13 novembre 2015, il erre en pleine nuit dans la cage d'escalier d'un immeuble de Châtillon (Hauts-de-Seine), près d'un McDonald's. "T'as acheté un petit truc ?", lui demande l'un. "Au drive, tu vois, au drive, j'ai pris un Menu Fish", répond-il. Puis il accoste un groupe de jeunes qui fument des joints.

Ce dossier du 13 novembre comporte 460 tomes de procédure

Salah Abdeslam va être renvoyé devant la cour d'assises spéciale pour "meurtres et tentatives en relation avec une entreprise terroriste" dans les prochaines semaines.

Ce dossier du 13 novembre comporte 460 tomes de procédure. 14 personnes sont mises en examen dont 11 placées en détention provisoire et 3 sous contrôle judiciaire. Six demeurent par ailleurs visées par un mandat d’arrêt. Enfin, 1 740 personnes physiques et morales sont constituées partie civile.

Le réquisitoire définitif du parquet national antiterroriste, long de 562 pages, a été transmis aux cinq juges d’instruction qui doivent décider, dans une ordonnance de renvoi devant les assises spéciales, leur décision de renvoyer en procès quels accusés et selon quelle qualification. Le procès, sans doute d’une durée de six mois, devrait se dérouler en 2021.

J'ai parlé avec eux parce qu'en fait ils avaient un appareil 

Grâce à leurs téléphones, il obtient des informations de ce que font ses complices au Bataclan et au Stade de France. "J'ai parlé avec eux parce qu'en fait ils avaient un appareil et, tu vois, il y avait les actualités. Ça me permettait d'être à jour. Eux, ils parlaient de ce qui se passait, moi, je leur parlais des filles, de l'école, des métiers." Puis d'autres "amis" le récupèrent pour l'emmener en Belgique.

L'incroyable arrive alors ! Après avoir passé trois barrages sur leur chemin, état d'urgence oblige, ils sont interrogés par une équipe de la télévision belge. "Elle (la journaliste, NDLR) me dit : Vous trouvez normal qu'il y ait des barrages comme ça ? J'ai dit : Oui, c'est normal, vu les circonstances, il faut bien renforcer les barrages, hein ! J'étais à l'arrière", narre-t-il encore à ses voisins de cellule.

J'ai compris qu'il n'y avait plus d'issue

Lors d'un contrôle à la frontière, le terroriste précise encore à ses complices détenus avoir eu peur face au déploiement des moyens de sécurité, croyant un temps être pris : "Ils étaient avec leurs mitraillettes. Ils avaient entouré la voiture, c'était choquant. J'ai dit : Ça y est, c'est la fin. J'ai compris qu'il n'y avait plus d'issue", a-t-il pensé. Le fugitif de 30 ans, né en Belgique, s'en sortira sans encombre. Jusqu'à son arrestation, à Molenbeek, quatre mois plus tard.